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Exposition temporaire James Roberts du 3 juin au 20 septembre 2020

James Roberts (1792-1871), une vie de châteaux à Courbevoie

Devant Initialement être présentée dans le cadre de la semaine du Salon du dessin consacrée à la représentation des parcs et des jardins, l’exposition a été reportée en raison de la crise sanitaire ne permettant pas l’ouverture de l’établissement. Elle sera accessible du 3 juin au 20 septembre (inclus) 2020. Le musée vous propose dès à présent en avant-première de découvrir la vie et la carrière de l’artiste ainsi qu’une courte présentation sur les châteaux de Courbevoie au XIXe siècle.

EN AVANT PREMIÈRE

Né à Londres en 1792, James Roberts arrive à Paris en 1819 à la naissance de son premier fils, Arthur Henry Roberts (1819-1900). Peintre et aquarelliste, il mène une carrière artistique en France et expose régulièrement à Paris au Salon.

Voyageant en Europe, il réalise de nombreux dessins et aquarelles qui retracent ses déplacements et évoquent les monuments visités. A Courbevoie et à Neuilly, il peint des vues des châteaux situés sur les bords de Seine dont il souhaite restituer l’atmosphère paisible et campagnarde.

L’exposition d’une série inédite de dix aquarelles issues du fonds du musée Roybet Fould est l’occasion d’évoquer la vie et la carrière de l’artiste dans une présentation complétée par de nombreux documents graphiques de la collection.

 Qui était James Roberts ?

Le peintre demeure inconnu et peu documenté. Confondu avec plusieurs homonymes, il est né à Londres, en 1792, sans que l’on sache s’il doit être associé à la famille d’artistes -peintres et aquarellistes- du nom de James Roberts père et fils, actifs jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. La présence de notre artiste est attestée, à Paris, par la naissance d’un premier fils, Arthur Henry Roberts qui mènera également une carrière artistique en France.

James Roberts aura trois enfants avec Sarah Dakin (? Londres ; ?) :

  1. Arthur Henry Roberts, né à Paris en 1819, décédé à Paris (7e), le 28 janvier 1900
  2. Emma Roberts, née en 1821, décédée à Paris (7e) le 12 avril 1885, célibataire sans enfant
  3. James Edmond Roberts, né le 13 octobre 1825 à Marly-le-Roi, décédé à Paris le 22 février 1912, marié à Elisabeth Barbe (12.11.1836, Philadelphie ; 02.07.1912, Paris 7e), sans enfant identifié.

La famille réside à Paris à plusieurs adresses connues par les actes administratifs, les livrets du Salon ou les annuaires. Seuls deux des lieux d’habitation auraient appartenu à la famille qui s’y installe à partir de 1862 : 15 rue de Chanaleilles et l’hôtel du 3 avenue de Tourville, VIIe arrondissement de Paris. Emma et Arthur Henry logent chez leur parents, avenue de Tourville, alors que leur frère cadet, James Edmond prend définitivement possession de l’appartement de la rue de Chanaleilles au décès de sa sœur, en 1885.

 Liste des adresses recensées :

1824 : 6 rue de Braque (3e arrdt)

1831 : 14 rue de Bourgogne (7e arrdt)

1833 : 119 rue Saint-Dominique (7e arrdt)

1834, 1835 : 8 rue Monsieur (7e arrdt)

1837 à 1845 : 40 rue de Bourgogne (7e arrdt)

1862 : 15 rue de Chanaleilles (7e arrdt)

1867 : 15 rue de Chanaleilles (7e arrdt)

1871 : 3 avenue de Tourville (7e arrdt)

 

Décédé le 28 février 1871, James Roberts a été inhumé, le 2 mars, au cimetière Montparnasse. En l’absence de renouvellement de la concession, le corps du peintre a été transféré à l’ossuaire de l’Est, le 27 janvier 1988.

La carrière de James Roberts est peu documentée, on comptabilise deux aquarelles conservées au Château de Fontainebleau (dépôt du musée du Louvre), deux huiles sur cartons au musée des Beaux-arts de Chartres et un dessin au Musée Condé de Chantilly. Les œuvres sont attribuées du fait de la confusion de noms à un autre James Roberts (né en 1796 à Edimbourg, mort en 1864 à Londres). Les sujets ainsi que les signatures doivent cependant être réattribués à notre artiste anglais, actif en France, décédé à Paris en 1871. Un dessin à la gouache sur papier beige signé, provenant de la collection Marquet de Vasselot, complète le corpus de cet artiste. Réalisé en 1856, on ne peut exclure qu’il ait été peint avec la collaboration de son fils aîné, Arthur Henry Roberts car il fait écho au second portrait de Charles Sauvageot dans son appartement (huile sur toile, musée du Louvre) signé par le fils.

Beaucoup d’ambiguïté et une grande méconnaissance de ces deux artistes complexifient l’étude de leur corpus. Une récente vente attribuait une très belle aquarelle signée « Ja Roberts 1849 » comme une œuvre du fils dont la signature attestée, par un tableau conservé au musée Carnavalet, comporte le monogramme rouge « A.R. 1843 » (Les tuileries et Pont Royal, inv. P2077).

Quelques œuvres de James Roberts pourraient être facilement attribuées et localisées en prenant comme source les livrets du Salon auquel il est présent en 1824, 1831, 1833, 1834, 1835, 1837, 1838, 1839 et 1846. Les sujets traités sont des vues urbaines, des paysages, des monuments et des châteaux qui évoquent des voyages en Normandie, en région Centre mais aussi en Allemagne, en Suisse, et en Italie. Emma Roberts, la moins connue des trois artistes de la famille, fut formée par son père. Elle peignit ainsi des intérieurs de Salon dont deux études ont été vendues récemment en salle de vente.

James Roberts à Courbevoie

En 1913, après le décès de James Edmond Roberts, notaire et second fils du peintre, la succession Roberts donne lieu à une importante vente organisée à Drouot sur trois jours augmentée d’une journée supplémentaire à l’hôtel familial du 3 avenue de Tourville, à Paris. Le catalogue fait état de plus de deux milles feuilles collectionnées des écoles anglaise, française et italienne mais également des dessins, aquarelles et peintures de Roberts père et fils. Certaines dénominations évoquent des vues de l’Ile-de-France sans que l’on connaisse précisément les localités ou les sujets.

La série des dix aquarelles acquise par le musée pourrait être issue de la vente de liquidation de la succession de 1913. Le fonds se divise en trois lots distincts par leur sujet :

1/ Quatre planches représentent le château du célèbre chirurgien le baron Guillaume Dupuytren à Courbevoie

2/ Trois feuilles évoquent la Seine, ses berges, ses activités entre Asnières et Suresnes. Elles constituent un témoignage extrêmement rare des berges sur les coteaux de Courbevoie. Le Château de Bécon et le jardin du château Dupuytren y sont visibles.

3/ Trois aquarelles proposent des vues de deux châteaux qui n’ont pas été identifiés.

Les vues identifiées sont signées et datées de 1837 pour la majorité excepté un dessin daté de 1841. Elles attestent de la venue du peintre à Courbevoie. Peut-être James Roberts profita-t-il de l’ouverture de la première ligne de chemin de fer, inaugurée le 24 août 1837 par Marie-Amélie, épouse du roi Louis Philippe d’Orléans. L’artiste fera un portrait de la reine dans son cabinet de travail des Tuileries, en 1849, à mettre en correspondance avec une série de sujets ayant trait à la famille d’Orléans avec laquelle James Roberts semble particulièrement lié.

 

« La Boucle de la Seine et ses châteaux à la fin du XVIIIe siècle »

Vous pouvez cliquer sur la photo des 2 plans pour l’agrandir.

« Courbevoie

A droite, après le pont de Neuilly, se trouve le village de Courbevoie ainsi nommé du latin curva via [voie courbe] parce qu’en effet la route qui y conduit est tortueuse. Au XIIIe siècle, ce n’était qu’un hameau dépendant de la paroisse de Colombes. L’accroissement qu’il prit ainsi que son éloignement de Colombes, y nécessitèrent d’abord l’érection d’une chapelle, qui, reconstruite en 1789, devint une église paroissiale assez remarquable.

En entrant dans ce village, une superbe caserne, bâtie sous Louis XV attire d’abord les yeux. Un hôpital militaire, destiné aux soldats alliés blessés, y fut bâti en 1814.

Un château et plusieurs autres maisons de plaisance dont l’une a appartenu à M. de Fontanes contribuèrent à orner ce village dont l’exposition est des plus agréable, 1 300 habitants environ, forment sa population, avec celle des hameaux qui en dépendent. »

Paris et ses environs par J. de Gaulle et C. Nodier, 1841.

Les châteaux de Courbevoie

A la fin du XVIIIe siècle, la commune de Courbevoie est divisée en deux zones juxtaposées, le bas-Courbevoie (le long de la Seine) et le haut-Courbevoie (plateau d’est en ouest). Elle se compose d’habitations centrées autour d’un premier port qui concentre les activités fluviales et d’un noyau de commerces organisés autour de l’Eglise Saint-Pierre-Saint-Paul. Avant 1830, année durant laquelle la commune devient chef-lieu de canton, la démographie et l’organisation foncière changent peu. A la veille de la Révolution, Courbevoie demeure une commune rurale, riche en pâtures et en vignes comprenant environ 1 500 habitants contre 10 553 en 1861 et 20 105 à la fin du XIXe siècle.

Le XVIIIe siècle avait amorcé un développement sans précédent pour la commune, née administrativement sous la Révolution française. Sous Louis XV, l’installation d’une caserne des régiments suisses n’est pas étrangère aux mutations opérées. Les bâtiments construits sur un terrain de dix hectares s’élèvent entre le centre du village haut et la rue de Bezons, participant à l’accroissement du hameau et nécessitant la reconstruction du pont de Neuilly. A la fin du siècle, plusieurs constructions importantes font leur apparition dont un ensemble de demeures qui prendront les noms de châteaux.

Deux demeures sont particulièrement visibles sur les aquarelles de James Roberts : le château dit du baron Dupuytren et le château de Bécon.

 Château Fontanes puis Dupuytren

A la frontière des deux territoires, Courbevoie comptait deux châteaux ayant appartenu à deux familles distinctes, Les Thorin de la Thanne et les Morel. En 1810, les deux demeures mitoyennes sont réunies par le marquis de Fontanes qui en modifie les plans et fait dessiner un vaste parc à l’anglaise. Une carte dressée par Adrien Hubert Brué (1786-1832) donne le nom de « Belle rive » à cet ensemble remarquable, un des plus beaux points de vue sur Neuilly. Le domaine fut ainsi un des sites les plus représentés de Courbevoie et le lieu de réception accueillant de célèbres personnalités comme Rossini. Également nommé Château de Courbevoie, il devint, en 1822, la demeure d’Alexandre Dupuytren, chirurgien des rois Louis XVIII puis Charles X. En 1835, il offrait la demeure à sa fille mariée à Louis-Napoléon de la Bonninière de Beaumont. Revendu aux familles Ficatier, en 1839 puis Larnac, en 1840, le château disparaît en 1868. On en trouve des vestiges jusqu’au début du XXe siècle ; la rue Larnac qui coupe l’ancienne propriété conserve la mémoire du nom du dernier propriétaire.

C. MOTTE d’après RENOUX, Le Château Dupuytren à Courbevoie, sans date (vers 1830), lithographie, Courbevoie, musée Roybet Fould.

Le Château du domaine de Bécon

Une première demeure attribuée à Philippe Le Masson, est construite vers 1713-1714, face à la Seine pour bénéficier du paysage. Un axe central depuis la rue Saint-Denis jusqu’au chemin de halage dessert les deux grandes voies de communication. Les ventes successives des terrains témoignent également de la parcellisation du domaine en plusieurs propriétaires et exploitants. Les communs destinés au personnel seront situés jusqu’à la fin du XIXème siècle sur le bas du terrain. L’accès au domaine s’effectuera côté boulevard uniquement au milieu du XIXème siècle.

Entre 1730 et 1739, le domaine de Bécon est segmenté en deux parties distinctes : une section haute organisée autour de la première demeure encadrée de jardins symétriques à la française et une section basse avec les communs ceinturés de terres agricoles. Au centre, un escalier à double volées donne accès à la demeure principale. En 1742, la comtesse de Sainte-Maure, alors propriétaire, effectue la rénovation des intérieurs et des extérieurs. On évoque la « maison de Bécon ». A la fin du XVIIIème siècle, la demeure initiale construite sur les hauteurs du domaine subirait encore des travaux sans que l’on connaisse l’état exact de ces opérations. Le prince Stirbey, futur propriétaire, évoque -dans un petit opuscule- la destruction du château sous la Révolution. Seuls les vestiges de l’escalier central et les caves, encore visibles aujourd’hui, attestent d’une ancienne propriété réalisée à la fin du règne de Louis XV.

Jean-Jacques Huvé, fils d’un procureur fiscal, serait l’architecte du premier château. Elève à l’Ecole des arts de Jacques-François Blondel (1705-1774), il seconde son maître sur les projets d’urbanisme de Metz et de Strasbourg. Membre de l’Académie, il emporte le Grand Prix de Rome, en 1770. Le commanditaire du château serait André Charles Gueux ou plutôt son épouse, propriétaire de la demeure entre 1789 et 1818. Il devient ensuite la propriété de Catherine Didier, épouse en secondes noces de Maximilien Claude Joseph Edmée de Choiseul Meuse. En 1826, la famille Orsini d’Orbassano devient propriétaire jusqu’en 1837. Si la propriété porte le nom de « villa Orsini » jusqu’à la fin du XIXème siècle, c’est en raison des deux ours qui surplombent les grilles d’entrée du parc, côté Seine et côté rue Saint-Denis. En 1837, le domaine appartient au Docteur Guillié, médecin et ophtalmologiste. Il est fondateur d’une revue médicale à laquelle collabore Alexandre Dupuytren, propriétaire à la même époque du château de Courbevoie. L’amitié unissant les deux hommes explique en partie que le peintre James Roberts ait eu accès aux deux propriétés pour réaliser ses aquarelles.

A la fin des années 1840 ou au début des années 1850, un banquier d’origine basque espagnole prend possession des lieux : José Javier de Uribarren. En 1860, quand ce dernier revend le château de Bécon à deux coacquéreurs, Monseigneur Joseph Baudichon, ancien prélat originaire d’Indre-et-Loire et Mlle Bergougnoux, le domaine a fortement évolué. Son état actuel est un héritage des familles Fould et Stirbey, propriétaires jusqu’en 1951, date à laquelle la ville acquiert cet ensemble pour y aménager un parc public.

D.W.D (éditeur), Bécon-les-Bruyères, Entrée du Château, sans date (vers 1900-1910), carte postale ancienne, Courbevoie, musée Roybet Fould

 

Pour faire découvrir aux plus jeunes notre exposition, voici pouvez télécharger le livret-jeux ici.

Dossier de presse